Le Bafa écartelé

de Fabrice DEBOEUF
jeudi 6 août 2015
par  Pascal Gascoin
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Ce texte est issu du dernier numéro de la revue "Les Cahiers de l’animation" : Voir le sommaire et commander le numéro

Le champ de l’animation est en profonde évolution depuis quelques années. Mutation qui ne va pas sans questionner le statut et la formation des acteurs. La réforme des rythmes éducatifs, la création des accueils périscolaires ont accéléré la professionnalisation d’une partie de l’animation en ACM. À l’autre bout de la planète ACM, plus d’un million d’enfants partent chaque année en séjour collectif encadré par des centaines de milliers de jeunes animateurs ne se destinant pas au métier d’animateur mais le faisant dans le cadre d’un engagement volontaire et citoyen.

LA RÉFORME PASSE À CÔTÉ DES ENJEUX

Ces évolutions auraient dû amener le ministère de la Jeunesse et des Sports à les prendre plus en compte dans la rénovation du Bafa et du Bafd qu’il a initié en novembre 2011. À l’origine, cette réforme est d’abord motivée par la simplification administrative et le renforcement des contrôles des organismes de formation. La réforme des rythmes scolaires et l’évolution du contrat d’engagement éducatif (contrat de travail pour les animateurs d’ACM dans le cadre extrascolaire) intervenus dans la période obligeaient à repenser le périmètre de la rénovation. À l’issue du travail de concertation, un nombre important d’organisations, dont les Ceméa ont émis un avis défavorable au texte proposé au CNEPJ (Conseil national de l’Éducation populaire et de la jeunesse) le 9 juin 2015. En effet pour nous, cette réforme n’est pas suffisamment porteuse de sens et de clarification pour les ACM et les formations qui en découlent. D’abord parce qu’il y a une incohérence entre le décret qui réaffirme le sens de l’engagement des jeunes pour un encadrement occasionnel et non professionnel pour le Bafa et le Bafd et l’arrêté qui permet de faire une partie de son stage pratique en temps périscolaire. Mais aussi parce que le Bafa et le Bafd restent orphelins d’un texte plus global actant la création d’un véritable statut du volontariat dans l’animation. Malgré les prises de position dans ce sens dans le rapport de la commission parlementaire du député Michel Ménard sur l’accessibilité des jeunes aux séjours collectifs et de loisirs, l’intervention au Sénat de la ministre de la Jeunesse et des Sports Najat Vallaud-Belkacem lors d’un débat sur les colonies de vacances en juin 2014, l’intervention du président de la République François Hollande au congrès Léo Lagrange et le rapport du président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone sur l’engagement citoyen et l’appartenance républicaine, cette question n’est toujours pas traitée. Les textes présentés au CNEPJ, loin de régler cette question, la rendent encore plus floue en amalgamant les animateurs oeuvrant dans un cadre professionnel sur le temps périscolaire et les animateurs oeuvrant dans un cadre non professionnel lors des temps extrascolaire en particulier lors des séjours collectifs.

DISPARITION DE L’OBLIGATION DE L’AGRÉMENT JEP

Nous réaffirmons également l’ancrage des ACM et des formations Bafa-Bafd dans l’Éducation populaire. Nous portons un projet de vacances et de loisirs collectifs émancipateurs en opposition à une vision marchande et consumériste. Et dans cette approche, nous regrettons la disparition de l’obligation de l’agrément JEP (Jeunesse et Éducation populaire) dans les textes réglementaires. Celui-ci n’est plus obligatoire pour demander l’habilitation nécessaire à l’organisation de formations Bafa-Bafd. Un certain nombre d’organisateurs d’ACM sont des entreprises commerciales dont les offres sont destinées à répondre à la demande solvable ou à capter la commande publique via les appels d’offre. Il nous semble que, tant en matière de formation que d’organisation des ACM, un agrément JEP obligatoire et contraignant permettrait une certaine clarification entre les démarches éducatives et celles à seule finalité marchande. Cette nécessaire clarification s’inscrit dans le même mouvement que la reconnaissance d’un volontariat de l’animation qui ne pourra vivre que dans le cadre d’un engagement social et citoyen de jeunes pour les vacances dans des structures à but non lucratif.
L’ouverture d’un travail sur les colos innovantes proposé par le ministère suite au rapport de Michel Ménard ne peut-il pas être l’occasion de valoriser le sens éducatif et les valeurs de l’Éducation populaire dans les vacances collectives ? Dans le même temps, une commission de travail du CNEPJ doit être créée sur la question de la professionnalisation de l’animation, ce dont nous nous réjouissons. Nous espérons, et ne doutons pas, que soit créée dans la même logique une commission sur l’engagement des jeunes non professionnels dans l’animation.

Ce texte est issu du dernier numéro de la revue "Les Cahiers de l’animation" : Voir le sommaire et commander le numéro


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